ÉDITO du bulletin du 2ème
trimestre de l'année 2009-2010
(de janvier à mars)
AMITIE
«Qu’un
ami véritable est une douce chose
Il
cherche vos
besoins au fond de votre coeur
Il
vous
épargne la pudeur
De
les lui
découvrir vous-même»
Jean de la
Fontaine, second recueil (1678), fable 11 : «Les
deux amis»
Cet extrait de la fable de
Jean de la Fontaine nous laisse entrevoir la
richesse de l’amitié.
Comment définir
l’amitié ?
L'Encyclopédie Wikipedia, donne une définition
assez complète, bien que trop brève, de ce
trésor :
«L'amitié
est une inclination
réciproque entre deux personnes (ou plus) n'appartenant pas
à la même
famille, parfois c'est une amitié de groupe.
Le meilleur ami est, comme son nom l'indique, l'ami d'une personne avec
qui elle a tissé des liens privilégiés
qui surpassent les liens qui l'unissent aux autres personnes.
L'amitié en son état pur est inconditionnelle,
c'est-à-dire que de vrais amis ne se jugent pas, et ne
tiennent pas compte du temps qui passe. Ainsi l'amitié
dépasse-t-elle les valeurs individuelles et temporelles,
elle est un état d'esprit, un lien particulier qui unit deux
êtres.»
Michel
de Montaigne (1533-1592) dans son
essai «De
l’amitié» nous offre une approche
intéressante de la force de l’amitié :
«Ce que nous
appelons d'ordinaire "amis" et
"amitiés", ce ne sont que des relations et des
fréquentations nouées à la faveur de
quelque circonstance ou par intérêt, qui font que
nos coeurs s'entretiennent. Mais dans l'amitié dont je
parle, ils se mêlent et se confondent l'un et l'autre, dans
une unité si parfaite qu'ils effacent et ne retrouvent plus
la liaison qui les a unis. Si on me presse de dire pourquoi je
l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, sinon en
répondant : "parce que c'était lui, parce que
c'était moi".
Il y a, au-delà de tout mon discours, de tout ce que je puis
dire en particulier, je ne sais quelle force inexplicable et fatale,
médiatrice de cette union. Nous nous recherchions avant de
nous être vus, seulement à cause des propos que
nous entendions tenir l'un sur l'autre, qui faisaient dans notre
affection mutuelle plus d'effet que, raisonnablement, ils n'eussent
dû en faire, sans doute à cause de quelque
ordonnance du ciel : nous nous embrassions par nos noms. Et
à notre première rencontre, qui eut lieu par
hasard lors d'une grande fête, nous
découvrîmes que nous étions si
attachés l'un à l'autre, si familiers, si
liés, que rien dès lors ne nous fut si proche
à l'un que l'autre... Il écrivit en latin une
excellente satire, qui est publiée, où il motive
et explique la rapidité de notre entente, si vite
arrivée à sa perfection.»
Parce que
c’était lui, parce que
c’était moi». Michel de
Montaigne
affirme qu’il n’est point besoin de
s’interroger sur la nature du véritable ami.
L’amitié ne demande pas d’analyse
profonde, elle est, un point c’est tout. C’est
peut-être ce qui explique que peu d’analyses ont
été effectuées par les intellectuels.
L’ami, auprès de
soi, loin des yeux, est toujours
là dans notre coeur et se précipitera
s’il vous sait en difficultés. Pas de surprise
à attendre, pas de trahison en vue. C’est pourquoi
l’amitié est impossible en politique, lieu de
toutes les turpitudes.
Je voudrais, en forme de conclusion,
citer deux extraits de
«Éloge de l’amitié»
de Tahar Ben Jelloun, écrivain franco-marocain, prix
Goncourt 1987 :
«Être
tolérant est un principe. Veiller
sur l’état de l’amitié est un
devoir. Penser à l’autre, savoir être
présent quand il le faut, avoir les mots et les gestes
qu’il faut, faire preuve de constance dans la
fidélité, c’est cela
l’amitié, et c’est rare»
«L’amitié
ne rend pas le malheur plus
léger, mais en se faisant présence et
dévouement, elle permet d’en partager le poids et
ouvre les portes de l’apaisement».
Emile
DEVOIR, responsable
de l'UIA Caen Vissol